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Enquête

Gabon: l’Exécutif face à l’épineuse question de l’inflation

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Déclarée 2e ville la plus chère d’Afrique, selon le cabinet Mercer, le cœur du Gabon, Libreville, au même titre que celui de nombreux autres pays à travers le monde, bat au rythme d’une inflation généralisée. Au réveil, le petit déjeuner sur la table des gabonais se fait moins consistant à défaut d’être inexistant car le lait, le sucre n’en finissent pas de battre les records de l’envolée des prix. Alors que le pain lui a déserté les étals des épiceries, avec le blé, victime collatérale de la guerre russo-ukrainienne, qui se vend désormais à prix d’or. Au déjeuner le prix de l’huile sans cesse croissant refreine les envies gourmandes des plus modestes, qui clôturent leur journée sur un dîner de choix, car le lendemain est incertain. Figurant au nombre des thèmes phares la présidentielle de 2023, la question de l’inflation, évoquée lors du conseil des ministres du 10 août 2022, a déjà fait balbutié l’un des prétendants interrogé sur le prix de l’huile dont l’augmentation est plus que flagrante. À la tête du pays, l’on tente de maintenir le pouvoir d’achat en s’employant à déployer des solutions d’urgence telles que la subvention de quelques produits de première nécessité. Une politique pas toujours suivie par les commerçants qui rechignent à revoir leurs marges à la baisse ou pire, vendre à perte. C’est la raison pour laquelle les défenseurs des droits des consommateurs en tête desquels “SOS Consommateurs” préconisent des solutions pérennes pour permettre au Gabon de lever enfin le pied sur la dépendance alimentaire. Qui donc pour ne pas le comprendre ? Pourtant à Prix import l’on ne voit pas les choses de cet œil. Parce que la hiérarchie s’est engagée à soutenir les efforts du gouvernement dans sa lutte contre la vie chère, qu’elle n’hésite pas à mettre de côté ses bénéfices, sur certains produits, pour servir les intérêts de sa clientèle qu’elle sait touchée par cette inflation qui n’en finit pas.

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De la hausse généralisée des prix des produits de consommation courante

À quand donc la fin de cet étranglement financier ? S’interrogent, à juste titre plus d’un. Bonne nouvelle pour les industriels, mauvaise pour les consommateurs, car le prix du sucre restera encore élevé à en atteindre des niveaux records. Alors que les États-Unis d’Amérique n’avaient pas connu une telle augmentation des prix depuis 1981, le quotidien français “Le Monde” a révélé que l’inflation y était de 9,1% en juin 2022. Dans l’Union européenne (UE), le prix du sucre qui se négociait autour de 310€ /tonne en janvier 2019, a atteint les 443€ /tonne depuis janvier 2022, indique le site www.labetteraveonycroit.fr . Et la tendance est la même à travers le monde. D’autant que depuis la crise de la Covid-19 et maintenant la guerre en Ukraine, les prix de l’énergie connaissent également une envolée et l’offre mondiale, une baisse, affectant ainsi les coûts de production des produits de consommation. 

Les coûts associés aux aliments pour animaux, à l’énergie et aux engrais ont particulièrement été touchés et ont augmenté de 24%, de 49,8% et de 108,2% comparativement à avril 2021, en France, indique “www.reussir.fr”. Entraînant leur lot de conséquences parmi lesquelles, la hausse du prix du lait, pour le seizième mois consécutif en mai dernier. Évoluant de 3,6% par rapport au mois d’avril 2022, le produit qui se négociait à 348,7€ les 1000 litres, a d’ores et déjà enregistré une croissance à plus de 33% par rapport au mois de mai 2021, en s’affichant à 476 €/1 000 litres.

Les produits laitiers se font désirer, mais que diraient les amoureux des frites qui ont plutôt intérêt à continuer de rationaliser leur consommation d’huile? Oui, il semble que la pénurie d’huile va se poursuivre encore un moment et l’envolée de son prix avec. Encore montré du doigt pour cette fois, la guerre en Ukraine y a sa part de responsabilité. Il faut dire qu’à elles seules, l’Ukraine et la Russie alimentent 78% du marché mondial d’huile de tournesol. Par ailleurs, les oléagineux (palme, tournesol, soja, colza…)  qui servent à la production des huiles ont boosté leur côtes avec la hausse du cours du pétrole. Se négociant désormais à 1000 € la tonne contre 640€ en février, pour le cas du tournesol, ces oléagineux qui servent à produire huile, aliments pour bétail, sont également utilisés comme agrocarburants.

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Est-il encore besoin d’évoquer le cas du blé dont l’envolée du cours ne cesse de créer de nouveaux records. En témoigne Sébastien ABIS, chercheur par ailleurs et directeur du Club Demeter, un think tank qui regroupe des entreprises et des acteurs institutionnels clés dans les secteurs agricole et agroalimentaire, qui confirme que depuis le début de la guerre entre la Russie et l’Ukraine qui alimentent à elles seules 30% du marché mondial, «on était déjà à 300 euros la tonne de blé, et c’est déjà énorme. Il y a deux ans, c’était 150 euros ! Avec la guerre en Ukraine, les prix crèvent le plafond. On est sur des records absolus». En effet, le prix de la tonne a atteint des niveaux jusque-là encore jamais vu, se négociant jusqu’à 450 €/ la tonne en mai contre 287,50€ avant l’invasion. Et cela s’est répercuté sur les produits préparés à base de blé, à l’instar du pain. 

Un transport qui coûte 3 fois plus cher pour comprendre l’envolée des prix

Avec les spéculations suscitées par les derniers aléas qui ont perturbé les échanges commerciaux et l’activité économique à travers le monde, le cours du pétrole connaît une progression ininterrompue. En juin 2021, il avait déjà augmenté de 7,7%. Le site d’information www.usinenouvelle.com craignait à de sujet qu’aux Etats Unis, le prix du baril pourrait atteindre les 150$, alors que les prix des carburants continuent de connaître une hausse historique. Ce qui implique la hausse des coûts de transports. Or «il représente entre 15 et 20% du prix de vente d’un article», indique le patron du groupe Prix import, Bernard AZZI. Le sachant, il semble donc aisé de dire la difficulté pour les opérateurs économiques de maintenir les prix les plus bas pour leurs clientèles, surtout lorsque le fret se négocie désormais entre 9 000$ et 12 000$, contre 3 000 à 3 500$ avant la Covid-19, explique-t-il.

L’inflation, une réalité au Gabon

Acteurs de l’économie locale, organisation non gouvernementale défenderesse des droits des consommateurs, les populations, tous s’accordent à le dire, l’inflation est réelle. Si elle n’y est pas flagrante. Israel qui tient une épicerie dans le 2e arrondissement de Libreville, déplore un tel niveau d’inflation. Non spécifique, elle s’applique à l’ensemble des produits de consommation. Reconnaissant que la hausse de la facture  transport international a sa part de responsabilité quant à cette réalité devenue hostile aussi bien pour les commerçants que pour les consommateurs, le visage amer, il a avoué son incompréhension. «On ne sait pas exactement ce qui se passe». 

Seulement aujourd’hui, plus qu’hier, la situation se dégrade aussi rapidement que la capacité financière des gabonais à assumer leur quotidien. À la Direction générale de l’économie (DGE), l’on reconnait que le taux d’inflation, mesuré à fin mars 2021 par l’indice harmonisé des prix à la consommation des ménages est ressorti en hausse de 2,4% contre 1,6% sur la même période en 2021. Autrement dit, les prix ont progressé de 2,9% en 2022 contre 1,7% en mars 2021.

Face à cela, Christian ABIAGHE tire la sonnette d’alarme. Il y a urgence. Le consommateur est asphyxié! Entre les dépenses impondérables (alimentation, logement, santé), l’investissement et l’épargne «quand vous regardez la répartition des revenus des gabonais, vous comprenez que la contrainte est forte parce que la part consacrée à la consommation ne cesse de grossir. Un ménage moyen va consacrer 80%, voire plus, de son revenu à la consommation Aujourd’hui, le gabonais dépense presse 80% de leur revenu à la consommation alimentaire». Un ratio révélateur de la profondeur de la plaie que l’inflation représente pour les consommateurs. 

Le constat est le même dans d’autres pays d’Afrique , à l’instar du Cameroun, où le taux d’inflation pourrait atteindre le seuil communautaire fixé à 3% très prochainement. En effet, l’Institut national de la Statistique (INS) au Cameroun, a indiqué que les prix à la consommation finale des ménages avaient augmenté de 4,4% en glissement annuel. Ainsi sur les douze derniers mois, les ils ont évolué de 2,9% en mars 2022, alors que la hausse n’était que de 2,3% en mars 2021, de 2,5% en janvier 2022 et de 2,7% en février 2022. Alors que l’INS ivoirien annoncé que l’inflation en moyenne annuelle se situe à 4,7 % en ce mois de Juin 2022, dépassant  le seuil communautaire de 3% fixé par l’UEMOA. Alors qu’en Sierra Leone, une manifestation de protestation contre la vie chère a tourné à l’émeute. Coûtant la vie à plusieurs personnes dont 2 policiers.

Quid de la grande distribution ? Le cas prix import

À l’inauguration du 1er Carrefour market – prix import, au bas de gué-gué, le 16 décembre 2021, dans le 1er arrondissement de Libreville, le président directeur général l’enseigne gabonaise de grande distribution Bernard AZZI, avait séduit les gabonais par une annonce des plus importantes.  «Avec l’approche achat de Carrefour on peut avoir des prix avantageux et c’est ce qui va nous donner un coup de main pour avoir des prix à la portée de tout le monde. Le consommateur verra la différence. Il va y avoir plein de produits qui vont être moins chers qu’auparavant». Une promesse que le groupe s’efforce à tenir en dépit du contexte géopolitique qui génère une inflation aggravée.

Sur des produits de première nécessité, l’enseigne qui se voit comme un partenaire privilégié du portefeuille des gabonais, n’hésite pas abandonner ses profits, en y appliquant une politique de marge zéro. De manière générale, dans les supermarchés, les prix des produits, même ceux subventionnés, accusent une hausse. Mais l’enseigne qui bénéficie d’un sourcing plus intéressant, que lui confère le partenariat avec Carrefour, promet de maintenir les prix accessibles sur des articles les plus sollicités par les couches les plus modestes de la population. Le tout dans la limite de ce que le contexte international leur permettra de faire. 

Solutions d’urgence, solutions pérennes, stratégie de prix, quelles issues pour encadrer les effets de l’inflation au Gabon ?

La recette miracle, même le ministre en charge du Commerce, Yves Fernand MANFOUMBI, tant engagé dans la lutte contre la cherté de la vie, ne l’a pas encore trouvé. Quand bien même les concertations entamées avec les acteurs économiques pourraient y conduire le gouvernement, notamment celle tenue entre la cheffe du gouvernement, Rose Christiane OSSOUKA RAPONDA et le président du Syndicat des importateurs/exportateurs (Sympex), Jean Sylvain NDONG, le 5 août dernier. Qu’à cela ne tienne, depuis 2012, l’État gabonais a procédé à la subvention de 58 produits, parmi les plus consommés par les gabonais, notamment ceux économiquement faibles.

Une solution dite d’urgence, qui coûte cher à l’État depuis maintenant 10 ans. D’autant que l’assure sa collègue de l’Economie et de la relance, Nicole ROBOTY MBOU, «cette défiscalisation a entraîné une perte des recettes, donc un manque à gagner pour l’État sur 10 ans de près de 340 milliards de FCFA, soit une moyenne annuelle de 33 988 141 664 Fcfa». Des efforts, que le gouvernement souhaiterait améliorer, alors qu’il fait face aux contraintes de «la Cemac, l’OMC et la Banque mondiale qui limitent sa marge de manœuvre», le rappelant à l’ordre pour une meilleure «discipline budgétaire», reconnaît Christian ABIAGHE. En attendant

Lequel, regrette toutefois la nonchalance de la mise en place de solutions pérennes. Notamment l’initiation des actions qui visent à terme la souveraineté alimentaire du Gabon, qui dépense chaque année plus de 300 milliards de Fcfa à l’importation de produits de consommation courante. Une solution, prônée par le groupe de grande distribution, Prix import, qui dispose déjà en rayons de plus de 700 références de produits “Made in Gabon ». Pourtant, le distributeur dont l’intensité de l’activité permet à plus de 1000 familles gabonaises de vivre de leurs revenus, «encourage le Made in Gabon, pour pouvoir disposer de plus de produits locaux en rayon à des coûts moins importants que pour les produits importés»

Par ailleurs, après «plusieurs milliards investis» pour offrir aux gabonais des produits de qualité aux meilleurs prix, Bernard AZZI pourrait envisager d’aller encore plus loin. «Nous pouvons mettre en place une stratégie prix sur une trentaine de produits pour lesquels nous aurons choisi de ne faire aucune marge pendant un moment, pour permettre aux gabonais qui restent à Libreville de profiter le temps des vacances de prix bas», a-t-il projeté. Un geste qui serait sans nul doute bien accueilli par la clientèle. De laquelle la hiérarchie a sollicité d’être compréhensive, des contraintes qui pèsent sur leur activité de manière totalement indépendante, de leur volonté et même de celle des autorités qui ménagent déjà beaucoup d’efforts pour préserver leur pouvoir d’achat. 

Et sur ce point, Israël, reste convaincu que «le Gabon fait partie des meilleurs», faisant même de son mieux «pour que les populations mangent bien». Un point de vue que partage le Président de l’ONG SOS consommateurs, alors que les deux hommes estiment que l’État peut en faire davantage. En effet, rappelle t-il, «notre fiscalité n’est pas adaptée à notre environnement, car nous produisons très peu. Ça fait que même lorsque l’on pourrait penser que les prix augmentent du fait de l’inflation internationale, on va avoir certains produits locaux qui vont par contagion subir des hausses». C’est le cas de l’huile de cuisine locale, dont les spéculations et la rareté ont accéléré la hausse du prix de 950 Fcfa à 1 500 Fcfa.

Des pratiques commerciales qui ont amené la Direction générale de la consommation et de la concurrence (DGCC) à mettre en place des outils de communication dont une page Facebook et un numéro vert “8085”, ainsi qu’un numéro WhatsApp pour associer les citoyens à la lutte contre les mauvaises pratiques de certains détaillants. Pour à terme parvenir au contrôle des prix sur les produits de consommation et principalement ceux subventionnés par les autorités. Par ailleurs, le lancement de la Zone de libre échange continentale africaine (Zlecaf) et l’adhésion récente du Gabon au Commonwealth, apporteraient-ils à l’État des nouvelles opportunités à saisir pour lui permettre de mieux encadrer la hausse des prix sur le territoire.

D’ores et déjà, dans son discours à la nation du 16 août 2022, Ali BONGO a prévenu que «face à certaines dérives, j’ai instruit que le contrôle des prix soit fortement renforcé afin que les efforts consentis par l’Etat vous [les gabonais] bénéficient pleinement et ne profitent pas à quelques spéculateurs». Par ailleurs, a-t-il poursuivi, «j’ai demandé au Gouvernement d’amplifier son effort pour lutter contre la vie chère mais en ciblant davantage notre soutien de sorte que ceux qui en ont le plus besoin en bénéficie davantage». Toute chose qui laisse à croire que l’inflation au Gabon ne pourrait bien assez tôt n’être qu’un mauvais souvenir.

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