mercredi, septembre 18

Comprendre les insuffisances du festival “Gabon 9 Provinces” en trois leçons

Google+ Pinterest LinkedIn Tumblr +

Sous le haut patronage du Président de la République Gabonaise, Chef de l’État, Son Excellence Ali BONGO ONDIMBA, le Ministre de la Culture, des Sports, Chargé de la Jeunesse et de la Vie Associative Franck NGUEMA a procédé le jeudi 08 août 2019 au lancement officiel du festival culturel dénommé “Gabon 9 Provinces” sous le thème “Langues locales et Jeunesse”. Comme tous les évènements populaires à caractère festif, Gabon 9 Provinces (G9P) a enregistré une grande affluence. On compte par millier, les Gabonais venus des 4 coins du pays pour célébrer leur culture et leur identité. Nonobstant cet afflux de spectateurs, quelques manquements sont à déplorer. Nous en a avons relevé 3: de l’ethnocentrisme à l’organisation défectueuse en passant par le choix inapproprié du thème qui ne reflète pas dans tous les aspects le déroulement de la manifestation.

1) L’unité nationale mis en mal

L’objectif principal du festival Gabon 9 Provinces est de présenter la richesse culturelle traditionnelle des différents ethnies et peuples du Gabon. Pour Franck NGUEMA, ministre de tutelle, «Le thème retenu cette année s’inscrit dans le cadre de la valorisation et la promotion de notre riche patrimoine linguistique qui se meurt et dont les jeunes doivent se réapproprier». Cet événement vise à unir le peuple gabonais autour des valeurs culturelles et du patrimoine national mais au lieu de cela, il favorise le repli identitaire et participe à la division des fils et filles du pays. On se perd très facilement entre fierté ethnique et ethnocentrisme. Certains internautes gabonais se lancent dans des compétitions de toute sorte. D’autres parlent même de “Remontada”, un néologisme espagnol beaucoup utilisé en milieu sportif, principalement dans le Football et qui peut avoir le sens de “revanche” ou de “vengeance” selon le contexte.

Les réactions des internautes sont nombreuses à ce sujet. C’est, par exemple, le cas de Need qui s’interroge: «Quand le concept Gabon 9 Provinces vire au tribalisme. Objectif atteint ?» Pour Maurel, un autre internaute: «La fierté ethnique et la forme de repli identitaire observés maintenant ne devraient pas avoir de place alors qu’on fête l’indépendance de notre pays, le Gabon est un et indivisible. La fierté doit être nationale, aucun débat ne saurait démonter le contraire». La cohésion sociale et le vivre-ensemble semblent visiblement menacés par des attitudes jugées tribalistes pour beaucoup de Gabonais.

2) Un concept mal approprié

Cette année, le festival “Gabon 9 Provinces” avait pour objectif d’amener la jeunesse gabonaise à se réapproprier ses valeurs culturelles. Mais était-ce vraiment le cas? Les langues gabonaises sont essentiellement parlées car l’oralité prime dans les coutumes du Gabon. Pourtant les contes ancestraux et les épopées ont été relégués au second rang en priorisant les sketchs et le slam venus d’ailleurs. C’est certainement dans ce sens qu’Aude, s’interroge sur Facebook : «Moi je comprends pas. On dit valoriser la culture [gabonaise, NDLR]. Le thème langues locales. Mais il y a des artistes qui viennent même chanter en anglais, font du gospel, dansent des danses étrangères et chantent en français. Franchement!!!»

Beaucoup de spectateurs et téléspectateurs ont été surpris de voir sur scène des artistes évoluant dans la musique urbaine et moderne avec des chansons dans un langage grossier, ordurier et pervers faisant la promotion de l’alcoolisme, des drogues et de la dépravation des mœurs. Un autre fait pour le moins insolite. C’est le cas d’un jeune artiste du Haut-Ogooué (G2) qui a interprété un morceau dans lequel on pouvait entendre “Mpoulou ndè djia” repris plusieurs fois en refrain. Traduit littéralement de l’Obamba cela donne “Son pénis là”. Qui a envie d’entendre cela lors d’un événement qui célèbre la culture et les valeurs traditionnelles d’une nation? C’est une manière assez particulière de réconcilier la jeunesse avec sa culture.

3) Une organisation défectueuse

Dans la nuit du 11 août, on a vu l’artiste Créol tomber sur scène en direct à la télévision nationale. Heureusement, elle a pu être amenée dans une structure hospitalière pour subir des soins médicaux. La nouvelle a défrayé la chronique ces derniers jours sur la toile. Ce fait malheureux a permis de se compte que le comité d’organisation de “Gabon 9 Provinces” n’a pas prévu des ambulances médicalisées pour administrer les premiers soins en cas d’urgence. C’est pourtant l’une des préalables dans l’organisation d’un événement d’une telle envergure.

Le 15 août tard dans la nuit, on apprend sur la page Facebook de “Gabon 9 Provinces” que certains artistes confirmés du Woleu-Ntem (G9) qui ne se sont pas inscrits dans la période réglementaire souhaitent prendre part au festival. Une requête reçu favorablement par les organisateurs en tête desquels le Ministre de la Culture, M. Franck NGUEMA. D’ailleurs les artistes Alexis ABESSELO et NDONG MBOULA ont de suite informé leurs fans sur leurs pages Facebook respectives. Une mesure qui ne fait pas forcément l’unanimité alors que certains artistes en herbe de la même localité qui se sont enregistrées dans les délais n’ont pas été retenu pour l’occasion.

Pour les organisateurs, la 3emè édition du festival “Gabon 9 Provinces” « […] se révèle être un grand succès populaire par l’affluence massive des populations […] »

Share.

About Author

Leave A Reply