Justice
Gabon /Diffamation et injures publiques sur les réseaux sociaux: des agents de l’AGASA devant les tribunaux
L’affaire qui secoue l’Agence Gabonaise de Sécurité Alimentaire (AGASA) prend désormais une tournure d’État. Le procès d’un proche collaborateur du Directeur Général de cette agence , prévu ce mardi 3 février 2026, met en lumière une « ferme à trolls » domestique et une stratégie de répression administrative inédite.
Le Tribunal de Première Instance de Libreville s’apprête à examiner un dossier symptomatique des dérives de pouvoir à l’ère du numérique. Après l’interpellation du suspect en octobre 2025 par la Direction de la Sûreté Urbaine (DSU), l’instruction a révélé que ce qui semblait être des dérapages isolés sur Facebook était en réalité un système structuré de dénigrement et de décrédibilisation.
Un réseau de comptes fictifs et la gestion du compte du DG troublante
L’enquête, qui avait initialement identifié la page » GabaoKids « , a finalement mis à nu une trentaine de profils, parmi lesquels celui de « Dony Consulting Communication » , dont la signature apparaît sur plusieurs contenus audiovisuels diffusés sur la page officielle du Directeur Général de l’AGASA.
Ces derniers ne seraient pas seulement utilisés pour exalter publiquement l’action du Dr, mais servaient de bras armés pour attaquer violemment et avec perfidie les cadres jugés « dissidents ».
Plus troublant encore : les expertises techniques révèlent que le prévenu gérait simultanément le compte officiel du Directeur Général. Cette découverte place le patron de l’AGASA dans une position inconfortable. Dr Jean Delors Biyogue Bi Ntougou était-il au courant que son propre espace de communication cohabitait avec une officine de cyber-harcèlement ? La justice devra trancher si ce mutisme équivalait à une validation tacite d’un système de nuisance institutionnalisé.
La « Grève » comme prétexte : la double peine du Directeur sanitaire halieutique
(Directeur Sanitaire Halieutique), semble avoir subi une double peine. Après avoir déposé plainte le 6 octobre 2025 pour les injures subies en ligne, il a été frappé d’une sanction administrative seulement deux jours après avoir alerté sa hiérarchie.
Pour justifier cette mesure, le Directeur de l’Agence a invoqué une prétendue participation à la grève du 1er octobre. Une accusation que la victime rejette en bloc, dénonçant un motif fallacieux destiné à punir celui qui a osé briser l’omerta sur les agissements du « protégé » du DG. Ce mélange des genres entre malveillance numérique et sanctions disciplinaires interroge sur la déontologie au sein de l’agence.
« Ignorer la loi pour les uns et l’invoquer contre les autres, c’est trahir l’état de droit. »
Dans un contexte de fortes tensions sociales, il est préoccupant de constater que certains responsables dans l’administration relèguent le capital humain au second plan, au profit de discours de façade, sans respect réel des règles, de l’éthique et de la bonne gouvernance.
Dans l’affaire évoquée, le directeur sanitaire Halieutique a régulièrement informé sa hiérarchie après l’ouverture d’une procédure devant le procureur, en s’appuyant sur les dispositions du règlement intérieur et en signalant des manquements graves. Cette alerte, juridiquement fondée, a été ignorée par le directeur général, en violation de son devoir de diligence.
Cette pratique révèle une application sélective du droit, contraire au principe d’égalité et à l’État de droit.
De tels agissements fragilisent l’administration, exposent l’État à des risques contentieux et sapent la confiance des citoyens. Servir l’État exige le respect strict de la loi, de l’éthique et de la justice, sans arbitraire ni géométrie variable.
L’éthique de la 5e République en ligne de mire
Cette affaire entre en résonance directe avec les récentes orientations du Chef de l’État. Lors du dernier Conseil des Ministres, le Président de la République a rappelé avec fermeté que « l’État gabonais doit redevenir efficace, crédible et respecté », soulignant que ce cadre d’intégrité « s’applique à tous, sans exception ». À l’heure où le Gabon prône la probité, le népotisme et le harcèlement de cadres supérieurs via des réseaux sociaux apparaissent comme des reliquats d’une époque que la 5e République entend révolue.
Sur sa page Facebook officielle, l’actuel gestionnaire de l’AGASA, affiche une posture de rectitude morale et de transparence «Je ne trahirai jamais ma conscience », « Le mal ne triomphera pas », dans ses sorties du 16 et 20 octobre 2025.
Le DG y défend également la légalité de ses actions de suspension, s’appuyant sur les textes réglementaires de l’AGASA et du statut de la fonction publique pour justifier l’éviction des directeurs impliqués dans la grève.
Or, les faits de l’enquête suggèrent que ces suspensions pourraient n’être qu’un écran de fumée pour masquer une répression ciblée, un acharnement… Quand la discipline devient un outil sélectif, ce n’est plus de l’autorité, c’est de l’arbitraire.
Le code pénal face à la malveillance numérique
Le prévenu devra répondre de chefs d’accusation graves, rigoureusement encadrés par le Titre XVIII du Code pénal relatif aux atteintes à l’honneur. Dans ce dossier, l’identification des victimes ne souffre d’aucune contestation :
- La Diffamation (Articles 283 et 284) : La loi définit la diffamation comme « toute allégation ou imputation d’un fait qui porte atteinte à l’honneur ou à la considération » d’une personne. Le fait d’avoir cité précisément le nom de sa victime via le compte « GabaoKids » lève toute ambiguïté sur l’intention de nuire. Selon l’article 284, l’auteur de tels agissements par voie de diffusion publique est puni d’un emprisonnement d’un an au plus et d’une amende de 1 000 000 de francs CFA.
- L’Injure Publique (Article 286) : Le Code pénal sanctionne toute « expression outrageante, terme de mépris ou d’invective ». Les publications sur Facebook, assimilées à des écrits exposés aux regards du public, tombent sous le coup de cet article. L’auteur de l’injure commise envers un particulier encourt une peine de six mois d’emprisonnement au plus et une amende de 1 000 000 de francs CFA.
Dans cette affaire, la citation nominale des cadres de l’AGASA transforme ces publications en preuves accablantes d’un acharnement délibéré. Le verdict de ce procès, attendu ce mardi 3 février 2026 à 8h00, sera scruté de très près. La justice gabonaise doit statuer si la proximité avec le sommet d’une institution peut encore servir de bouclier, ou si l’heure de rendre des comptes a sonné pour les architectes du harcèlement numérique car en principe, L’État de droit ne se gère pas à géométrie variable : la loi s’applique à tous ou elle ne vaut plus rien.
